L’année de création officielle du code de la route en France

Interdire la circulation sans règle serait offrir le chaos en cadeau. Pourtant, il n’a pas fallu attendre 1921 pour voir naître en France les premiers textes qui encadraient déjà l’audace mécanique des pionniers de la route. Le Code de la route, tel qu’on le connaît, n’est donc pas tombé du ciel : il s’est construit à coups de décrets, de débats et d’expérimentations, jusqu’à devenir ce référentiel incontournable qui balise nos trajets quotidiens.

Avant 1921 : balbutiements et textes fondateurs

Bien avant l’adoption officielle du Code de la route, les autorités françaises cherchaient déjà à canaliser la circulation croissante des véhicules. Il faut dire qu’à la fin du XIXe siècle, la rue s’est transformée : chevaux, voitures à bras, puis machines à vapeur et autos partagent la chaussée dans un joyeux désordre.

1851 : premières lois pour une circulation maîtrisée

En 1851, une étape décisive est franchie avec la « loi sur la police du roulage et des messageries publiques ». Ce texte ne s’adressait pas encore à l’automobile, mais il jetait les bases d’une circulation organisée, à l’heure où la mobilité prenait un nouveau visage.

1893-1901 : la méthode Lépine et l’éveil automobile

Le 14 août 1893, Louis Lépine, alors préfet de police à Paris, impose que tout conducteur d’automobile passe une épreuve de conduite. Un geste visionnaire, à une époque où les moteurs à explosion et autres innovations mécaniques font irruption dans le paysage urbain. Quelques années plus tard, le décret du 10 mars 1899 encadre plus strictement la circulation des voitures à moteur, un texte retouché en septembre 1901 pour suivre l’accélération du progrès.

1905-1921 : l’idée du Code prend forme

Entre les deux guerres, la France expérimente, discute, retouche ses règlements. Dès 1905, Jules Perrigot, alors président de l’Automobile Club des Vosges, propose un projet de Code de la route, prémices d’un texte fédérateur, stoppé dans son élan par la Première Guerre mondiale. Les années passent, la circulation explose, et l’urgence de règles claires s’impose.

1921 : naissance officielle du Code de la route

Le 27 mai 1921 marque un tournant : la France publie le tout premier Code de la route, un décret touffu qui articule la cohabitation sur les chaussées publiques. Soixante-quatre articles répartis en sept chapitres, une ambition claire : structurer la mobilité, réduire les conflits, anticiper les dangers. L’histoire ne s’arrête pas là. Les décennies suivantes, marquées par la Seconde Guerre mondiale et l’essor de la voiture individuelle, forcent de nouvelles adaptations. Le 20 août 1939, un Code revisité accorde une place centrale à la signalisation, à la réglementation technique des véhicules, et au suivi statistique des accidents.

Mais tout ne fige pas avec ce texte. Le 10 juillet 1954, un vaste chantier de réécriture débute. Il faudra attendre 1958 pour voir naître de nouveaux textes, reflet d’une société en mouvement. Puis, en 2001, face à la complexité croissante, les autorités réorganisent l’ensemble du document pour le rendre plus lisible.

L’évolution du Code de la route décennie après décennie

Si le Code de la route a franchi le cap du siècle, c’est parce qu’il n’a jamais cessé de s’adapter. Dans les années 60, la démocratisation de l’automobile transforme les routes françaises. Les accidents se multiplient, obligeant les pouvoirs publics à serrer la vis sur la sécurité routière. À partir de là, la ceinture de sécurité devient obligatoire pour tous les passagers d’un véhicule.

Dans les années 70, c’est la préoccupation environnementale qui prend le relais. On voit apparaître des normes sur les émissions polluantes et une signalisation dédiée aux risques écologiques, comme les feux de forêt. Les années 80, elles, imposent enfin le principe du permis de conduire obligatoire pour acquérir ou conduire une voiture particulière, une révolution silencieuse mais décisive.

Le tournant des années 90 se fait, quant à lui, sous le signe de la lutte contre la mortalité routière. Plusieurs mesures concrètes sont alors adoptées :

  • Depuis août 1973, le port du casque homologué est imposé à tous les conducteurs et passagers de deux-roues motorisés.
  • En 1992, le permis à points fait son apparition, responsabilisant chaque conducteur sur la durée.
  • Les contrôles d’alcoolémie deviennent systématiques en cas d’accident, mais aussi lors de contrôles préventifs sur la route.

Ces avancées témoignent d’une volonté constante de préserver la vie sur la route, tout en tenant compte de l’évolution des véhicules et des comportements.

Code de la route : les changements majeurs depuis 2021

Impossible de parler du Code de la route sans évoquer son adaptation aux enjeux contemporains. Les dernières années ont vu l’arrivée de nouveaux risques, souvent liés à la technologie et à la densification urbaine. Pour y répondre, plusieurs mesures concrètes sont entrées en vigueur :

  • L’interdiction totale du téléphone portable au volant, mesure incontournable pour contenir la distraction numérique qui menace constamment la vigilance des conducteurs.
  • La création de zones à faibles émissions (ZFE) dans les grandes villes, afin de limiter la circulation des véhicules polluants et d’améliorer l’air que respirent les citadins.
  • L’obligation pour tous les véhicules motorisés de s’équiper de systèmes d’aide à la conduite (ADAS), comme le régulateur de vitesse adaptatif ou l’assistance au maintien dans la voie, pour renforcer la sécurité de tous les usagers.

Le Code, loin de se reposer sur ses acquis, continue de s’attaquer aux pratiques à risque. Depuis septembre 2021, rouler sur la voie du milieu sans nécessité est sanctionné, les deux-roues devront bientôt intégrer un système antipollution, et les rodéos urbains sont désormais punis par une infraction spécifique assortie de lourdes sanctions.

Le Code de la route ne ressemble plus à celui de 1921. Il avance avec son époque, corrige ses failles, traque de nouveaux périls. Un siècle plus tard, il demeure un monument vivant, un texte qui, derrière ses articles parfois austères, façonne la manière dont chacun partage la route. Qui sait ce que la prochaine décennie lui réservera, alors que la mobilité ne cesse de se réinventer ?

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